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Roatan : en direct des championnats du monde d’apnée AIDA

Il y a 3 mois

Aux côtés des meilleurs apnéistes mondiaux, Rémy Dubern participe, du 22 août au 3 septembre à Roatan (Honduras), aux championnats du monde d’apnée AIDA. Entre deux entraînements, il s’est transformé en envoyé spécial du magazine Plongez ! pour nous faire vivre la compétition de l’intérieur !

Samedi 26 août – Immersion libre (FIM) femmes

Succès total pour les Françaises avec 100 % de cartons blanc, même si aucune ne visait le podium.

L'apnéiste Sofia Gomez aux championnats du monde AIDA à Roatan. © Alex St-Jean

L’apnéiste Sofia Gomez aux championnats du monde AIDA à Roatan. © Alex St-Jean

Dimanche 27 août – Immersion libre hommes

Journée difficile pour les hommes en immersion libre (FIM) : les 3 plus grosses annonces sont William Trubridge (116 mètres), Walid Boudhiaf (117 mètres), Alexey Molchanov (122 mètres).
Derrière, 2 Français en embuscade en cas d’erreur des 3 ténors : Thibault Guignes et Morgan Bourc’his, avec respectivement 105 m et 102 m annoncés.

Système d’ordre de passage pyramidal :
Morgan Bourc’his part en premier mais tourne court à 97 mètres pour un problème de compensation, avec les pénalités son option pour le podium s’envole puisqu’il ne remporte que 92 points.
William Trubridge sait qu’il vise le bronze et que les 2 annonces après lui sont 10 mètres moins profondes. Il joue la sécurité en tournant 1 mètre avant sans prendre le tag pour s’économiser et valide un protocole hypoxique mais correct.
Alexei Molchanov réalise 122 mètres correctement, mais fait son protocole dos aux juges, ce qui le disqualifie (carton rouge).
L’or est remis en jeu.
Walid Boudhiaf s’élance, atteint sa profondeur annoncée, mais fait une syncope spectaculaire à 30 mètres, résultat d’un œdème pulmonaire. Il faut du temps à l’équipe de sécurité pour le ranimer. Tout le monde dans l’arène est inquiet. La pression monte.
A ce moment, Thibault Guignes s’élance potentiellement pour la médaille d’argent derrière William. Trop d’ondes négatives et de pression : malgré une plongée correctement exécutée et un record personnel à 110 mètres, il fait une courte syncope en surface et est disqualifié.
La pression est contagieuse : Olivier Azzopardi et Mathieu Maraio sont aussi disqualifiés pour syncope en surface. Seul Maxime Gardien réalise avec succès ses 75 mètres, sauvant la journée des Français.
Au final, 9 syncopes et 2 disqualifications pour erreur de protocole en surface (i.e. perte de contrôle moteur ou samba) sur 45 départs. Quasi 25 % de problèmes hypoxiques auxquels s’ajoutent encore les early turn (profondeur annoncée non atteinte). Une mauvaise journée de compétition sur le FIM hommes, contrairement aux femmes la veille. Peut-être à cause d’un manque de conservatisme général dans les annonces ?

Mardi 29 août – Poids constant avec palme femmes

Encore une belle journée d’apnée lors du poids constant à la palme (CWT) femmes.
Des profondeurs annoncées engagées mais finement choisies avec un soupçon de stratégie et une bonne dose de conservatisme pour assurer la compétition.
Stratégie payante puisque les 4 annonces les plus profondes ont donné lieu aux 3 places du podium. Gageons qu’il y aura plus d’échec demain chez les hommes comme pour l’épreuve de FIM.

Alenka Artnik, la Slovène, fait une démonstration de relâchement et de facilité sur la plongée la plus profonde du jour à 100 mètres. Particularité : contrairement à la quasi-totalité des autres apnéistes, elle a fait toute la descente et les 20 premiers mètres de remontée les bras le long du corps pour plus de relâchement et préserver ses poumons. Elle n’a pris la classique position de flèche que pour les 80 derniers mètres. Médaille d’or.

– L’Italienne Alessia Zecchini avait joué la sécurité en annonçant une profondeur 6 mètres en dessous de son record personnel, également record du monde, à 104 mètres. Un style différent, plus sportif, mais tout aussi efficace. Médaille d’argent.

L'apnéiste Alessia Zecchini aux championnats du monde AIDA à Roatan. © Daan Verhoeven

L’apnéiste Alessia Zecchini aux championnats du monde AIDA à Roatan. © Daan Verhoeven

– La Néo-Zélandaise Kate Middleton avait anticipé que le podium se jouerait très profond et a tenté le tout pour le tout en annonçant 98 mètres, son maximum réalisé à l’entraînement quelques jours plus tôt. Sans marge, elle n’a pas résisté au stress supplémentaire que génère un jour de championnat : syncope en surface.

– La 3ème sur le podium du jour est finalement la Japonaise Sayuri Kinoshita avec une plongée à 97 mètres.

Une seule Française seulement concourait ce jour : Lili Crespy, qui réalise une solide plongée à 64 mètres.

Mercredi 30 août, une journée historique ! – Poids constant avec palmes hommes

Pour cette journée CWT hommes, il va y avoir du sport ! Des annonces extrêmement engagées rendent les plongées annoncées les plus profondes assez incertaines. Il n’est pas impossible d’avoir une surprise avec des outsiders sur le podium. Les Français Morgan Bourch’is et Stéphane Tourreau sont à l’affut avec 101 mètres annoncés…

Comme anticipé, les hommes se sont lancés pleinement dans la compétition pour le podium, parfois au-delà de leur capacité du jour. Il y a eu un important suspens jusqu’à la dernière minute qui s’est révélée historique.

– Les Français ouvrent le bal des plongées profondes avec Arnaud Jerald qui s’élance pour 100 mètres mais de peu sur son protocole de surface probablement à cause du facteur stress d’une journée de compétition. A 21 ans, Arnaud vit ses premiers championnats et engrange une expérience importante pour la carrière qui s’ouvre à lui.

L’arène : 2 lignes où les athlètes se préparent et se font face. Arnaud Jerald se prépare à sa descente à 100 mètres. © Rémy Dubern / Blue Addiction

L’arène : 2 lignes où les athlètes se préparent et se font face. Arnaud Jerald se prépare à sa descente à 100 mètres. © Rémy Dubern / Blue Addiction

Morgan Bourch’is est le suivant, il croise son coéquipier sortant, le réconforte d’une accolade et part s’installer sur sa ligne pour se concentrer sur sa plongée à 101 mètres. Avec un record personnel à 109 mètres, le Marseillais a pris une marge confortable et se positionne en embuscade pour le podium si la bagarre qui va faire rage sonne quelques athlètes. Une plongée maîtrisée de A à Z lui vaut un carton blanc.

Stéphane Tourreau s’élance pour la même profondeur, avec un temps de plongée annoncé plus rapide de… 30 secondes ! Une éternité en apnée. Stéphane réalise aussi très bien sa plongée, avec un beau protocole de surface, mais le tag qu’il a récupéré au fond pour justifier sa performance s’est décroché sous la vitesse de remontée de notre torpille française. 1 tout petit point de pénalité mais qui va lui coûter cher.

Ensuite l’arène représentée par les 2 lignes verticales se faisant face s’enflamme alors que la compétition fait rage et que les candidats au podium se succèdent mais échouent : demi-tours précoces par excès de stress ou difficultés de compensation, disqualifications pour protocoles ratés sous le brouillard de l’hypoxie. Les cartons rouges s’enchaînent :
Styg Pryds, 103 mètres annoncés, tourne à 74.
Wang Aolin, le Chinois le plus profond, se disqualifie de retour en surface après une plongée à 105 mètres.
– Idem pour Mike Board l’Anglais qui revient de 106 mètres.
– Et enfin William Trubridge, qui réalise une plongée à 116 mètres, mais effectue son protocole trop lentement au-delà des 15 secondes réglementaires…

Thibault Guignes soutenu par l’équipe suite à sa plongée réussie à 85 mètres en bi palmes. © Rémy Dubern / Blue Addiction

Thibault Guignes soutenu par l’équipe suite à sa plongée réussie à 85 mètres en bi palmes. © Rémy Dubern / Blue Addiction

Il reste les 2 annonces les plus profondes, abyssales : Dave Mullins le Néo-Zélandais et Alexei Molchanov le Russe, tous les deux à 126 mètres. A ce moment, Morgan sait déjà qu’il sera sur le podium.
Chaque athlète se prépare sur sa ligne, la zone de compétition n’est plus une arène, mais un ring pour le titre de champion du monde. Dave s’élance en premier. Avec quasiment 2 mètres de long et une capacité pulmonaire de 12 litres, c’est un géant avec une technique d’une finesse et d’une précision absolue qui glisse vers le fond tout en douceur et facilité. Il est tellement relâché dans sa descente qu’il en oublie l’arrivée et percute le disque de fond de la tête. Il maintient une superbe technique jusqu’en surface et son arrivée est déconcertante de facilité.

Une énorme pression s’abat sur Alexei, qui entend les applaudissements alors qu’il respire allongé sur le dos et se prépare à partir 2 minutes après. Mais le Russe a des nerfs d’acier et un mental de char d’assaut. Il réalise une belle plongée et valide un beau protocole de surface comme s’il venait d’accomplir une simple formalité.

Alexei Molchanof remontant de sa plongée en poids constant. © Alex St.-Jean.

Alexei Molchanof remontant de sa plongée en poids constant. © Alex St.-Jean.

Un moment historique vient de se dérouler : pour la première fois, le titre de champion du monde à la palme et la médaille d’or seront partagés entre 2 colosses de l’apnée sur la première marche du podium. Juste derrière notre Français Morgan Bourch’is a eu l’annonce la plus intelligente pour se hisser sur la 3ème marche tout en se ménageant pour sa spécialité lors de la dernière journée de compétition en profondeur sans palme.
Stéphane Tourreau est 4ème, faute à un tag vagabond… Il témoigne sur sa page Facebook : “Une plongée à -101 mètres parfaitement réalisée avec belle aisance mais un tag (témoins) fuyant à la remontée dans les 40 derniers mètres…Certains diront que je suis allé trop vite pour lui 😉 Un nouvel apprentissage dans ma jeune carrière ! J’aurais aimé partager un podium avec mon ami Morgan qui a réalisé la même annonce… Je me classe donc 4ème avant les résultats finaux de ces mondiaux… Cette expérience me boost et me conforte encore plus dans mon entraînement et ma préparation !
Citons enfin Thibault Guignes qui s’offre le plaisir de valider 85 mètres en bi-palmes.

Vendredi 1er septembre – poids constant sans palmes femmes (CNF – Constant Weight Without Fins)

Les ordres de passage sont toujours en système pyramidal avec des profondeurs d’abord croissantes jusqu’aux plongées les plus profondes à mi-session, puis décroissantes.

Hinatea Penilla, en équipe espoir AIDA France, est la première à passer. Elle engrange encore une belle expérience en validant un joli 40 mètres. Lily Crespy s’élance ensuite et démontre une belle technique de brasse en concluant sa descente à 42 mètres par un protocole clair.
Ces chiffres peuvent paraître faciles par rapport aux filles qui vont jouer le podium entre 60 et 70 mètres, mais prenons un peu de perspective : 40 mètres est la hauteur d’un immeuble de 15 étages… on prend ainsi mieux la mesure de la distance que réalisent ces apnéistes sans respirer !
Aurore Asso réalise une plongée plaisir à 50 mètres. Un grand bravo aux brassistes de l’équipe AIDA France qui réalisent là une journée comme on les aime avec le plein de cartons blancs.

Dans cet esprit, ayant constaté la fiabilité des femmes sur leurs annonces les précédents jours de compétition, les 3 marches du podium ont toutes les chances de se jouer sur les 5 plongées les plus profondes :
– Sofia Gomez Uribe, Colombie, 59 mètres ;
– Jessea Wenjie Lu, Chine, 62 mètres ;
– Alessia Zecchini, Italie, 65 mètres ;
– Amber Bourke, Australie, 70 mètres ;
– Sayuri Kinoshita, Japon, 70 mètres.
Pour mesurer le niveau d’engagement de ces plongées, rappelons que le record du monde dans cette discipline est détenu par Sayuri à 72 mètres.

Sofia Gomez Uribe part en premier. Adepte de cross-fit, elle a un corps puissant, des mouvements efficaces et des appuis dans l’eau solides. Sa plongée à 59 mètres est une « formalité ».
Jessea Wenjie Lu possède une apnée statique de 8 minutes ! Et un style également efficace. Mais probablement en raison de difficultés de compensation à la descente, elle tourne juste 1 mètre avant la profondeur annoncée, laissant son tag au fond. Ce manque de relâchement à la descente lui fait probablement brûler davantage d’oxygène et dès 40 mètres à la remontée alors que les apnéistes de sécurité ne sont pas encore là, elle paraît déjà très fatiguée. L’hypoxie frappe de plus en plus fort et ses derniers mouvements paraissent très faibles. Mais elle s’accroche jusqu’au bout, se hisse très péniblement jusqu’à la surface, et valide un protocole clair. Ses incroyables capacités en statique sauvent clairement sa plongée.
Alessia Zecchini fait une plongée sans difficulté notable à 65 mètres. Mais lors de son demi-tour au fond, elle prend appui un peu haut sur la ligne, en limite de zone autorisée, puis se tracte pour repartir. Il n’est pas impossible qu’elle écope d’une pénalité après examen de la vidéo de fond dans l’après-midi.
Sayuri Kinoshita, recordwoman mondial, fait une plongée parfaite et valide 70 mètres en un sourire.
Amber Bourke, la dernière à passer, est une ancienne nageuse de natation synchronisée. Elle respire sur le dos, et fait un départ étonnant en se contorsionnant en arrière plutôt que sur le côté, signant une touche personnelle unique. Elle s’élance elle aussi sur la profondeur la plus importante de la journée et se retrouve dans la même situation qu’Alexei 2 jours auparavant s’élançant après Mullins.
L’arène se transforme de nouveau en ring et tout le monde se demande si nous allons voir une deuxième médaille d’or et un titre de championne du monde partagé.
Hélas, l’Australienne ne maîtrise pas encore systématiquement sa compensation profonde en mouthfill. La pression du départ perturbe son relâchement et sa compensation, l’obligeant à tourner à 60 mètres.

Le classement définitif est le suivant :
1 – Sayuri Kinoshita, Japon, 70 mètres.
2 – Sofia Gomez Uribe, Colombie, 59 mètres.
3 – Jennifer Wendland (57 mètres) & Jessea Wenjie Lu (60 mètres mais avec pénalité).

Rémy Dubern, à Roatan

Samedi 2 septembre – Poids constant sans palmes hommes

Pour la dernière journée de compétition, les 5 principales annonces étaient les suivantes :
– William Trubridge, Nouvelle-Zélande : 90 mètres
– Alexey Molchanov, Russie : 90 mètres
– Morgan Bourc’his, France : 86 mètres
– Rémy Dubern, France : 77 mètres
– Dean Chaouche, Grand-Bretagne : 77 mètres

La discipline de sans palme est généralement une discipline à fort taux d’échec sur le protocole de surface. C’est la plus minimaliste et donc la plus exigeante. Les apnéistes se propulsent à la seule force de leurs bras et jambes, sans palme, sans s’aider de la ligne. C’est donc la discipline de l’économie, de l’optimisation. Chaque brasse est comptée, l’hydrodynamisme est travaillé au maximum. Le moindre facteur adverse comme un peu de courant ou de stress et les performances dégringolent. Cette spécificité est rarement intégrée par les compétiteurs qui annoncent souvent leur maximum ou même un peu plus pour jouer le classement, et peuvent se retrouver dépourvus lorsque l’hypoxie présente sa facture en fin de plongée.
Aujourd’hui n’a pas failli à la règle.

Sur 24 départs, 7 syncopes, soit 30 % ! Toutes en surface, sans gravité, et de quelques secondes seulement… Et sans compter les protocoles “à l’arrachée”.
Dans ce paysage nos 3 Français se sont démarqués : 3 départs, 3 cartons blancs, 3 protocoles ULTRA propres. Félicitons Mathieu Mario 62 mètres, Rémy Dubern 77 mètres, Morgan Bourch’is 86 mètres !

Mathieu Mario hurle son “I AM OKAY” de joie lors de son protocole de surface.

– Pour ses derniers championnats, Rémy Dubern, qui a réalisé un nouveau record personnel à l’entraînement à 80 mètres quelques jours plus tôt, joue le plaisir et la sécurité. Une plongée techniquement bien exécutée et une sortie avec le sourire.

Rémy Dubern est descendu à 77 mètres pour ses derniers championnats. © Daan Verhoeven

Rémy Dubern est descendu à 77 mètres pour ses derniers championnats. © Daan Verhoeven

– Même raisonnement pour Morgan Bourc’his qui, bien qu’enrhumé les jours précédents, ne voulait pas goûter son plaisir autrement que par un 86 mètres engagé alors qu’il savait bien que toute profondeur supérieure à 80 mètres lui assurait la 3ème place du podium. Le champion marseillais, réglé comme une horloge suisse, joue sa partition à la perfection et sort tout en contrôle.

William Trubridge, le Néo-zélandais, et Alexei Molchanov le Russe ont encore annoncé (à bulletin secret la veille) la même profondeur : 90 mètres ! Alexei s’élance en premier et démontre un style personnel largement basé sur le relâchement, la glisse et donc la lenteur avec une plongée en 3 minutes 45. Il sort “dans le dur” mais valide son protocole.

William le maître de la discipline prend le dernier départ dans un style plus sportif. La plongée est plus courte d’une vingtaine de secondes, mais l’hypoxie frappe aussi fort. Il effectue son classique protocole un peu tremblant, un peu étouffé, mais validable. Il est incontestable que ces deux athlètes ont tout donné dans cette dernière journée de championnats, jusqu’au dernier centimètre de profondeur !

Rémy Dubern commente les plongées de l’équipe de France en direct sur le live stream filmé par DivEye, un drone sous marin qui suit les athlètes tout le long de leur performance. © DR

Rémy Dubern commente les plongées de l’équipe de France en direct sur le live stream filmé par DivEye, un drone sous marin qui suit les athlètes tout le long de leur performance. © DR

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