Découvertes

Under the Pole III : préserver les fonds marins grâce au corail mésophotique

Il y a 6 mois

Depuis 2017, l’équipe d’Under the Pole sillonne les mers, entre l’Arctique et le Pacifique. La mission actuelle, DeepHope, vise, depuis juillet 2018, à récolter du corail mésophotique entre 30 et 150 mètres de profondeur, dans l’espoir de restaurer les coraux de surface. En avril, ils ont battu un record en prélevant un échantillon à 172 mètres dans les profondeurs de l’archipel des Gambier en Polynésie française.

Début avril, dans l’archipel des Gambier en Polynésie française, Ghislain Bardout, co-fondateur des expéditions Under The Pole, et deux plongeurs de son équipe, ont battu un record : ils ont prélevé un corail mésophotique à 172 mètres de profondeur, un spécimen de Leptoseris hawaiiensis. « J’ai attendu pareilles découvertes depuis 40 ans », déclare Michel Pichon, chercheur pour le Criobe. Les scientifiques avaient, en effet, remarqué que les coraux migraient vers les fonds marins. Cette trouvaille conforte donc les chercheurs dans l’idée que les coraux se sont adaptés à des conditions de vie drastiques et qu’ils ont trouvé refuge au fond des océans pour s’y développer. Selon Laeticia Hédouin, chargée de recherche CNRS au Centre de Recherche Insulaire et Observatoire de l’Environnement « la récolte de ce corail mésophotique soulève de nouvelles questions intrigantes sur leur capacité à vivre dans ces environnements hostiles. »

L’ordinateur de Ghislain Bardout indique 172 mètres de profondeur. C’est un record dans la récolte de corail mésophotique. © Franck Gazzola / Under The Pole / Zeppelin Network

On sait aujourd’hui que les coraux proches de la surface sont menacés et « les chances de survie des récifs sont très faibles face aux modifications sans précédent que subit la planète » explique Laetitia Hédouin. Cependant, grâce à cette étude, l’espoir est permis, les chercheurs on découvert que « plus de 60% des espèces de coraux de surface sont capables de coloniser les profondeurs. […] Ils représentent aujourd’hui un vrai espoir pour restaurer les récifs via un apport de larves pouvant venir recoloniser la surface. », assure Laetitia Hédouin. Les plongeurs d’Under The Pole ont pour mission de récolter des échantillons de ces coraux profonds afin de permettre aux chercheurs de les étudier. Leur but est de « tester les hypothèses concernant la capacité des milieux coralliens mésophotiques à servir de refuge et leur rôle dans le réensemencement des récifs dégradés », précise Michel Pichon.

 

Le fruit de la collaboration entre scientifiques et plongeurs

L’alliance de l’équipe d’Under The Pole et des scientifiques du Criobe a fait naître le projet DeepHope. En effet, la plongée scientifique est généralement limitée à 30 mètres de profondeur, à cause d’un cadre légal strict et d’un manque de compétences. Cela restreint les recherches aux eaux de surface et empêche un grand nombre de découvertes. Pour Michel Pichon, « cette collaboration entre scientifiques et plongeurs très spécialisés est une révolution pour la recherche sous-marine, la plongée technique en recycleur est sans conteste la technique de choix pour ce type d’étude. » Ces immersions en recycleur ont permis de récolter efficacement 4000 échantillons en l’espace d’un an.

L’équipe au complet d’Under The Pole III, devant le voilier avec lequel ils partent en expédition : le Why. © Franck Gazzola / Under The Pole / Zeppelin Network

Le programme DeepHope prendra fin en juin. Les résultats de l’expédition seront présentés au Congrès International sur les Récifs Coralliens en 2020, à Brême en Allemagne. Mais l’aventure ne s’arrête pas là, l’équipe débute une nouvelle mission à Moorea, en août 2019. « Nous porterons un nouveau défi, celui de la plongée à saturation », affirme Ghislain Bardout. Dans le cadre de cette nouvelle étude, l’équipe d’Under The Pole III a conçu un habitat sous-marin nommé « la capsule » permettant aux plongeurs de passer plusieurs jours sous l’eau. Bien qu’ils poursuivent leurs immersions dans le milieu mésophotique en parallèle, leurs recherches principales se dérouleront dans cette capsule – situé entre 12 et 20 mètres de profondeur – afin d’étudier un moment clé de la vie du corail : sa reproduction sexuée.

 

Photo de couverture © Franck Gazzola / Under The Pole / Zeppelin Network

Julien Barletta

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